Bien‑être des voyageurs: une approche holistique… et lucide
Et si on optimisait enfin autre chose que le prix ?
Dans l’entreprise, on sait traquer le “best buy”. Mais un déplacement, c’est plus qu’un PNR et une note de frais : c’est de la fatigue, des horaires cassés, des aléas, et parfois des situations à risque. Un voyageur mal préparé peut devenir un danger pour lui‑même et pour les autres. Le bien‑être, ici, n’est pas accessoire : c’est du travel risk management appliqué — et c’est même un chapitre des normes du métier (ISO 31030, référentiels internes type ISA).
Holistique ne veut pas dire naïf, ça veut dire organisé
- Préparation: un voyageur mal préparé peut devenir un risque pour lui‑même et pour autrui. Les briefings pré‑départ doivent couvrir le contexte pays, les avis santé, la posture sécurité, les modes de transport et les chemins d’escalade. Voyager mieux, c’est d’abord savoir quoi faire.
- Monitoring du trop‑plein: le volume de voyages se mesure. Trop de déplacements = fatigue = risque. Les managers doivent être sensibilisés pour freiner, reporter et prévoir des temps de récupération.
- Préparer les lieux: choisir des hôtels sécurisés, privilégier les déplacements accompagnés quand le contexte l’exige. Ça rassure et ça crée de la confiance: l’entreprise montre qu’elle investit dans la sécurité.
- Droit de retrait: si un collaborateur estime que c’est dangereux, il peut refuser ou rentrer. Ce n’est pas une entorse: c’est une garantie qu’on doit respecter.
Avant, pendant, après: la boucle du soin et de la sécurité
- Avant: communication claire (brief pays, santé, sécurité), monitoring des charges de voyage, choix rationnels: train <4h, horaires soutenables, arrivée la veille pour les missions sensibles.
- Pendant: suivi proactif (alertes, assistance 24/7), check‑ins en cas d’événement, localisation raisonnée et opt‑in. La data se gère avec sobriété: RGPD et data minimization ne sont pas des options.
- Après: récupération reconnue (pas de “retour minuit + réunion 8h”), debrief systématique après situation particulière, et soutien psychologique proactif si besoin. Ne pas attendre que les collaborateurs “osent demander”.
Adapter le contenu, concrètement
Le bien‑être n’est pas un spa, c’est des choix opérationnels:
- Hôtels haut de gamme pour une sécurité accrue (accès, environnement, standards).
- Cabines supérieures sur trajets longs ou de nuit: moins de fatigue, plus de vigilance.
- Chauffeur privé lorsque le contexte l’exige; éviter les transports en commun sensibles — y compris sur le temps perso si l’exposition reste élevée.
Message aux managers
- Un calendrier qui respire.
- Des missions calibrées (pas trois pays en trois jours).
- Des temps de récupération inscrits dans la planification.
- Et le courage de dire “on reporte” quand l’équilibre bascule.
Quick wins (dès demain)
- Bannir le combo retour minuit + réunion 8h.
- Activer e‑receipts et simplifier l’expense.
- Fixer des seuils de classe sur vols de nuit et longs trajets (>6-8 heures)
- Proposer train par défaut <4h, avec justification si avion.
- Formaliser le process duty of care (qui fait quoi, quand).
- Diffuser une check‑list jet lag (lumière, hydratation, sommeil).
Conclusion
Le bien être des voyageurs est un pan du travel risk management: il mêle confort, efficacité, conformité et sécurité. Une approche holistique ne coûte pas forcément plus cher; elle coordonne mieux. Quand préparation, monitoring, contenu adapté et droit de retrait s’alignent sous le cadre de l’ISO 31030, on gagne en performance et en sérénité. Les voyageurs y voient une entreprise qui protège, et l’entreprise un programme durable, mesurable, et — enfin — humain.
Laure de la Lande, Axys Odyssey